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Confidences de Constance van Eeden

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CONFIDENCES DE

Constance van Eeden, médaillé d'or de la SSC en 1990

Constance van Eeden et sa Médaille d'or dela SSC.

Eeden avec sa Médaille d'or de la SSC, Edmonton, juin 1992. photo par Peter Macdonald

Constance van Eeden est née le 6 avril 1927 à Delft, aux Pays-Bas. Sa famille a déménagé à Bergen-op-Zoom en 1934; Mme van Eeden y a étudié de la 2nde année jusqu'à la fin de l'école secondaire en juin 1944. Elle a obtenu son doctorat de la Faculté des sciences de l'Université d'Amsterdam en 1958. Sa carrière universitaire l'a conduite à une succession de postes aux Pays-Bas, puis aux États-Unis et au Canada. Finalement, elle est rentrée aux Pays-Bas où elle réside aujourd'hui. La professeure van Eeden est membre d'honneur ('fellow') de l'Institut de statistique mathématique et de l'Association des statisticiens américains et membre élue de l'Institut international de statistique (IIS). La Société statistique du Canada lui a décerné sa Médaille d'or en 1990. La professeure van Eeden est l'une de deux Rédacteurs généraux de la revue de l'IIS, Statistical Theory and Method Abstracts. Elle passe un semestre par an au Département de statistique de l'Université de Colombie-Britannique, où elle est professeure honoraire et travaille notamment avec Jim Zidek.

Les extraits suivants d'une conversation enregistrée en juin 2003 à Halifax sont à l'origine apparus dans le vol. 17, numéro 4 de Liaison, octobre 2003.

Quels souvenirs avez-vous de votre petite enfance?

Mon premier souvenir est lié à mes frères jumeaux, qui avaient un an et demi de moins que moi. Je me souviens qu'ils jouaient ensemble. L'un d'eux est décédé (en 1931) à l'âge de deux ans et demi; son frère n'arrivait pas à comprendre ce qui était arrivé - et moi non plus, en réalité. Mon père ne s'en est jamais vraiment remis. Ma mère l'a également très mal pris, tout comme ma soeur aînée et moi.

Vous avez commencé l'école au milieu de la Grande Crise et quitté l'école secondaire pendant la Seconde Guerre mondiale. Comment avez-vous vécu cette période?

J'étais trop petite pour me rendre compte des effets de la Grande Crise. Mon père était enseignant au secondaire et n'a jamais été licencié. À Bergen-op-Zoom, nous avions un grand potager et ma mère cultivait assez de fruits et légumes pour toute l'année. Elle élevait aussi des poules, si bien que nous avions assez à manger. Nous ne vivions pas dans le luxe, mais nous avions tout ce qu'il nous fallait: des vâtements, de quoi manger, un lit où dormir et un toit au-dessus de nos têtes. Le 10 mai 1940, l'Allemagne a envahi les Pays-Bas. Les avions m'ont réveillée. Nous nous sommes battus pendant cinq jours avant que les Allemands n'incendient Rotterdam. Une grande partie du centre-ville a disparu. Beaucoup de civils sont morts. Ils ont menacé Amsterdam du même sort si nous ne capitulions pas dès le lendemain. Nous les avons crus.

Quels sont vos souvenirs de l'occupation?

Je me souviens que certains de mes enseignants ont disparu, pour éviter d'être capturés. Il y avait peu à manger. Certains produits manquaient: plus de pièces de rechange pour nos bicyclettes. Il y avait aussi une pénurie de savon. On se sentait sale. Il fallait nettoyer les vêtements, la maison et la vaisselle, mais il n'y avait pas assez de savon pour ça. C'est quelque chose auquel nous n'aurions jamais pensé avant la guerre. Notre style de vie a complètement changé: les gens ne disaient plus rien de peur d'être dénoncés au parti nazi néerlandais. Les travailleurs étaient enrôlés de force dans les usines allemandes. Un couvre-feu nous était imposé - nous avions l'impression de vivre en résidence surveillée.

Je connais beaucoup de personnes qui ont fui - grâce à leur ingéniosité, la chance ou la réticence de certains soldats allemands à suivre les ordres. Je connais aussi beaucoup d'autres personnes, dont de nombreux Juifs, qui n'ont pas eu cette même chance.

Le Jour J, le 6 juin 1944, vous étiez en train d'écrire vos examens de fin d'études. Les Pays-Bas ont finalement été libérés en octobre 1944. Où étiez-vous alors?

Je n'oublierai jamais le jour où les Canadiens sont arrivés. Il était deux heures du matin. J'ai entendu du vacarme dans la rue et ils étaient là. Mais nous savions déjà que les Alliés étaient en route. Nous les suivions en écoutant illégalement la BBC de Londres.

Dernière année au secondaire, 1943-44, avec le responsable des cours de chimie et physique.

Dernière année au secondaire, 1943-44, avec le responsable des cours de chimie et de physique.

Le reconstruction après la guerre a duré bien plus longtemps qu'on ne le pense. Dans leur retraite, les Allemands avaient détruit tout ce qui aurait pu être utilisé contre eux. Le rationnement et les restrictions monétaires ont continué jusqu'au milieu des années 1950.

Après la guerre, vous avez poursuivi vos études à l'université.

En 1949, j'ai obtenu un premier diplôme de l'Université d'Amsterdam en mathématique, physique et astronomie. Je me suis ensuite inscrite dans le tout-nouveau programme d'actuariat. À l'époque, il n'existait aucun programme de statistique ou de probabilité. C'est lors d'un cours de statistique que je suivais pour mon deuxième diplôme - nous étions en 1954 - que mon professeur m'a indiqué que le Département de statistique du Centre de recherches en mathématique d'Amsterdam cherchait des assistants. Je suis allée leur rendre visite et j'ai discuté avec Jan Hemelrijk, le second adjoint, qui m'a recrutée comme assistante à mi-temps. J'y ai progressé jusqu'à travailler à plein temps, tout en continuant mes études universitaires.

Ensuite, quelqu'un est venu me proposer un problème de consultation qui m'a conduite à entamer un doctorat sous la direction de David van Dantzig. Hemelrijk était mon co-directeur de thèse (officieux). Le problème de départ de mon doctorat était de savoir comment estimer deux probabilités lorsqu'on sait que l'une d'entre elles est inférieure à l'autre. Je ne comptais pas en faire une thèse, vous savez! J'ai simplement résolu le problème à l'aide de la vraisemblance maximale, puis il s'est avéré que je pouvais généraliser assez loin pour rédiger une thèse. J'ai obtenu mon doctorat en 1958 avec distinction - et une augmentation de salaire.

Soutenance de thèse de doctorat, 1958.

Soutenance de thèse de doctorat, 1958.

Malgré le sujet de mon doctorat, David van Danzig nous encourageait à utiliser des méthodes non paramétriques et à en élaborer d'autres. Il semble d'ailleurs que je sois davantage connue pour mes travaux en statistique non paramétrique. Sans cette expérience de consultation, je ne sais pas si j'aurais pu devenir aussi compétente en statistique. Cela m'a vraiment aidée à comprendre la discipline. Mais je suis ensuite devenue une mathématicienne de la statistique. En deux mots, je suis quelqu'un qui sait résoudre les casse-tête!

Vous avez par la suite émigré aux États-Unis. Comment?

C'est Herman Rubin qui m'a invitée à Michigan State. J'y suis arrivée en août 1960. J'ai épousé Charles Kraft en décembre de la même année. Cela nous a posé des problèmes d'emploi, car à l'époque la plupart des universités du Midwest refusaient d'accorder à un couple marié la permanence dans le même département. Nous avons donc quitté Michigan State pour Minneapolis, où nous avions trouvé des postes dans deux départements séparés, mais cela ne suffisait pas. Ce n'est que lorsque Charles a suggéré à l'université que nous pourrions divorcer et vivre en union libre pour résoudre le problème qu'ils ont enfin cédé. Mais nous étions alors déjà sur le point de partir pour Montréal, où la question ne se posait plus.

Aviez-vous une influence intellectuelle mutuelle, vous et votre mari?

Nous avons rédigé près de dix articles ensemble! Charles était extrêmement intelligent, extrêmement inventif, plein d'idées, mais il n'avait pas toujours la patience des détails. Un pourcentage important de ces idées n'a jamais mené nulle part, bien entendu, mais ce n'est pas grave! Nous avons beaucoup travaillé ensemble et il m'a beaucoup appris en théorie des probabilités.

Après un certain temps, votre mari a commencé à souffrir de psychose maniaco-dépressive, ou de trouble bipolaire comme on dit aujourd'hui. Comment cela a-t-il affecté votre travail et votre relation?

Nous avons eu 7, 8 ou 9 années ensemble, je pense. Il est impossible aujourd'hui de déterminer le moment où il est devenu maniaco-dépressif. Vers la fin, c'était impossible à vivre parce qu'il débordait d'idées absurdes. Sa maladie mentale ne s'est vraiment installée qu'après notre arrivée à Montréal. Charles est décédé en 1985 d'un infarctus.

Comment était-ce d'enseigner à Montréal?

The six speakers

Les six conférenciers de la - Septième session du séminaire du mathématiques supérieures de l'Université de Montréal - 1968. De gauche à droite: Samuel Karlin, Constance van Eeden, Marc Kac, Peter Huber, Lucien LeCam et Jacques Neveu.

J'ai eu la chance de travailler avec la première génération de Canadiens francophones à faire des études universitaires en sciences. Ils avaient la soif d'apprendre. Et ils étaient excellents, incroyablement bons. C'était à l'époque de la montée en puissance francophone au Québec. Maurice l'Abbé qui est pour autant que je sache le premier Canadien francophone à avoir obtenu un doctorat en mathématique, a étudié à Princeton. Ce n'était pas facile pour les francophones du Québec d'obtenir un diplôme d'un institut anglophone parce qu'on n'enseignait pas vraiment l'anglais dans les écoles québécoises. Quand Maurice l'Abbé est devenu directeur du Département de mathématique de l'Université de Montréal au début des années 1950, il a embauché beaucoup de mathématiciens étrangers. Le département s'est vraiment internationalisé, ce qui a permis aux Québécois francophones d'obtenir une excellente formation en sciences mathématiques.

Dans les années 1970 et pendant une bonne partie de la décennie suivante, j'étais probablement la principale ressource en statistique pour les étudiants en doctorat au Québec. J'avais le choix. Mais je ne pouvais malheureusement pas superviser tout le monde. J'ai raté un très bon étudiant. François Perron m'a demandé d'être sa directrice de thèse, mais j'ai dû refuser parce que j'avais déjà cinq autres étudiants à l'époque. Cela m'a navrée, parce que je savais qu'il était excellent.

J'ai travaillé avec toute une série d'étudiants brillants et très prometteurs qui ont réellement contribué à la science. J'ai de tristes souvenirs aussi: il semble que beaucoup de mes étudiants soient morts avant l'âge de cancer, de maladie cardiaque, de lupus.

Dites-nous ce que vous pensez de la discipline de la statistique. Quels en sont d'après vous les principes fondamentaux?

Je ne vois pas cela comme une collection de principes. Si vous me demandez par exemple si je suis bayésienne, je répondrai non. Peu importe si je tire ou non mes estimateurs d'une approche bayésienne. J'aime examiner les propriétés d'un point de vue non bayésien. Je veux savoir: Quelle est la moyenne? La variance? La distribution? Ainsi de suite. Est-ce minimax? Ou sans biais?

Bien entendu, la statistique, ce n'est pas uniquement de la résolution de problèmes. Mais j'adore résoudre les problèmes et il y en a tant. Cela m'amuse. C'est plus ou moins par accident que j'ai fait de la statistique plutôt que de la physique ou de l'économie. Il y a beaucoup de personnes qui ont une vision cohérente de la discipline. Ce n'est pas mon cas.

Vous avez la réputation d'être méticuleuse dans votre travail intellectuel. Est-ce justifié?

Il est vrai qu'avant d'utiliser un résultat publié dans un livre ou un article, j'en vérifie la preuve. Il n'est pas rare même aujourd'hui que j'écrive à un auteur pour insister qu'il corrige une erreur ou qu'il retire ses conclusions. J'ai eu de ces réponses.

Parmi les articles publiés dans les revues internationales à comité de lecture, quel pourcentage selon vous est teinté d'erreurs irréparables?

Quand quelqu'un suppose qu'une fonction est continue, alors qu'il faudrait dire absolument continue, ce n'est pas une grosse faille, il suffit d'ajouter un mot. Mais je me souviens avoir vu récemment quelque chose d'aberrant! Les auteurs étudiaient un estimateur défini comme étant la solution d'une équation bien définie. Ils n'ont pas hésité à prouver un théorème concernant cet estimateur, mais ils ne se sont pas donné la peine de vérifier combien de solutions l'équation avait - et si elle en avait. Or ils avaient défini quatre 'estimateurs' de ce genre! Je pourrais vous citer d'autres exemples encore.

Quelle serait donc le taux d'erreur, selon vous? Un pour-cent?

Oh non, plus que cela.

Cinquante pour-cent?

Facilement dix.

Vous diriez donc qu'environ 10% des articles comportent des erreurs graves de ce type?

Oui, je dirais.

Pas simplement des erreurs mineures, mais graves?

Oubliez les erreurs mineures. Je suis encore en correspondance avec les deux auteurs de l'article que je viens de mentionner. C'est un article qui a été publié. J'essaie de le corriger moi-même. Ce n'est pas si simple et je ne sais pas si tous leurs théorèmes sont complètement faux, mais leurs preuves le sont toutes. Je n'ai même pas fini de lire l'article dans son ensemble.

Vous avez publié 65 articles. A-t-on jamais essayé de vous plagier?

Quatre fois, pour autant que je sache.

Vous avez fondé le Fonds van Eeden au Département de statistique de UCB. Qu'est-ce qui vous a motivé?

J'ai plus d'argent qu'il ne m'en faut. J'ai une belle retraite, des prestations sociales de trois pays et les intérêts sur mes économies. Alors, pourquoi ne pas en faire quelque chose de bien? Ma fille me dit toujours: "J'espère qu'il ne restera rien à ta mort."

Parlez-nous du Festschrift et du Symposium de juin 2002 en votre honneur.

Quel honneur! Tout cela a été organisé par Marc Moore et Sorana Froda (mes premier et onzième étudiants en doctorat) et par Christian Léger. Le numéro spécial est presque complété. Il sera publié dans les Lecture Notes - Monograph Series de l'IMS. Il compte près de cinq cents pages, soit vingt-huit articles et bien plus d'auteurs, bien entendu. Nous attendons de voir les tirages papier.

Quel est l'état actuel de la statistique?

4th World Congress of the Bernoulli Society, Vienna, 1996.

De gauche à droite: le première (Constance van Eeden, 1958), deuxième (Sara A. van de Geer, 1987) et troisième (Mathisca C.M. de Gunst, 1988) femmes à dotenir un doctorat en statistique aux Pays-Bas. Photo priselors du 4 Congrès international de la Société Bernoulli, Vienne, 1996.

De moins en moins de personnes s'intéressent à la théorie fondamentale. Cela m'inquiète: peu de gens prouvent encore des théorèmes aujourdh'hui, or il en faudrait! Ça ne peut durer qu'un temps, après quoi il n'y aura plus assez de théoriciens pour éduquer la génération suivante.

En revanche, je ne crois pas non plus que la statistique pourrait survivre sans un apport constant de problèmes réels. Après tout, c'est un tel problème qui a lancé ma carrière en recherche. Au Centre de recherches en mathématique d'Amsterdam, je ne travaillais pas uniquement comme consultante, loin de là. Mais j'en ai retiré bien des choses et il est bon que les gens fassent aussi de la consultation. Cependant, il n'est pas facile de prouver que votre méthode fonctionne 'comme elle le devrait' - il faut éduquer les gens à cela. Or à l'heure actuelle, je crains qu'il n'y ait pas assez de personnes qui s'intéressent à la consultation.

Vous ne travaillez pourtant plus vous-même comme consultante, n'est-ce pas?

Oui, c'est vrai. Ma dernière expérience, qui date des années 1970, n'a pas été très satisfaisante, même si elle a donné lieu à un article dans les Annals of Statistics.

Auriez-vous des commentaires sur l'aspect universitaire de la statistique ou sur les universités en général?

Je trouve les universités trop commercialisées, beaucoup plus axées sur l'argent que sur leur raison d'être réelle: l'education et la recherche. On se demande trop: 'Est-ce payant?'

Les administrateurs pensent avoir le droit de nous dire que faire et que ne pas faire. Cela devrait être le contraire. Après tout, nous embauchons ces gens, avec l'argent prévu à cet effet, pour s'occuper à notre place de l'administration et nous ôter ce fardeau.

Vous m'avez dit un jour que tous les chercheurs du monde devraient se mettre en grève pour rappeler à la société l'importance des universités. Avez-vous encore ce sentiment?

In Broek, Waterland, 1989.

À Broek, Waterland, 1989.

Oui, et si j'avais trente ou quarante ans de moins je lancerais sans doute moi-même le mouvement. Je dis cela à beaucoup de monde. Ils me demandent comment nous subviendrions à nos besoins. Je leur réponds que les gens les mieux éduqués et les plus intelligents de la terre ne devraient pas avoir de mal à subvenir à leurs besoins, s'ils le voulaient vraiment. Je crois que nous nous laissons trop intimider par les administrateurs.

Comment était-ce d'être une femme parmi tous ces hommes, au début de votra carrière?

Cela ne m'a jamais causé de problèmes. Les femmes aujourd'hui semblent manquer d'assurance. Moi, je n'en ai jamais manqué. Je ne comprends pas les femmes d'aujourd'hui, je ne comprends ni pourquoi elles ont le sentiment d'être différentes ou de devoir agir différemment, ni pourquoi il existe tous ces programmes spéciaux pour elles.

Les femmes soutiennent qu'elles ont souffert d'inégalités dans le passé, un argument quelque peu similaire à celui qu'avancent les Québécois francophones. Y croyez-vous?

Je ne vois pas les choses ainsi. Les femmes en général ont eu - pas depuis toujours, mais depuis bien longtemps maintenant - les mêmes opportunités d'éducation que les hommes, si elles le souhaitaient. Mais ce n'est pas le cas des Québécois francophones. Personne n'a jamais fait obstacle à ce que je fasse des études. Par contre, lorsque je suis arrivée sur ce continent, j'ai découvert combien il était difficile d'obtenir la permanence en tant que femme. Michigan State me l'a refusée en raison de mon sexe. Lorsque nous avons déménagé de Michigan State à Minneapolis, le doyen a regardé nos deux CV, a vu que j'avais publié plus d'articles que mon mari. Il paraît qu'il a dit au directeur du département: si vous devez offrir un poste permanent à l'un des deux, c'est elle qui le mérite. Mais le directeur ne le voyait pas ainsi. C'est Charles qui a obtenu le poste permanent, pas moi. Mais il y a quarante ans de cela.

Mes deus parents étaient absolument convaincus que nous avions tous droit aux mêmes opportunités dans la vie. Par contre, il est vrai qu'après mon doctorat en 1958 il a fallu 29 ans avant qu'une autre Néerlandaise obtienne un doctorat en statistique. J'ai demandé à un collègue néerlandais (en 1984 environ) pourquoi c'était le cas. Est-ce que vous n'encouragez pas les jeunes femmes qui promettent?, lui ai-je demandé. Il a répondu: 'Si elles veulent un doctorat, elles peuvent toujours venir me voir.' Trois ou quatre ans plus tard, deux femmes ont fait leur thèse en statistique là-bas.

Peut-être était-ce une question de manque d'encouragement de la part des parents et des enseignants. Les portes étaient ouvertes, mais les étudiantes étaient peut-être découragées à la maison ou à l'école. Et elles manquaient aussi de modèles à suivre.

Travaillez-vous encore à votre manuscrit sur l'estimation dans les espaces de paramètres restreints?

J'y travaille encore mais d'autres personnes continuent à publier dans ce domaine. Alors je découvre constamment de nouveaux articles, parce que je tiens à tout lire, tout analyser avant de rédiger quoi que ce soit. Et c'est alors beaucoup plus intéressant de lire ces articles et de voir si je peux en faire quelque chose. Mais je vous promets de finir un jour mon manuscrit!

Quel est le problème que vous aimeriez le plus résoudre?

Donnez-moi le moyen de déterminer les estimateurs minimax dans un espace de paramètres non restreint. C'est encore plus difficile en espace restreint, mais même en environnement non restreint, il n'y a pas de réponse. Il faut avoir la chance de découvrir les estimateurs par hasard.

Une dernière question: Si on devait vous décerner une médaille d'or aujourd'hui, pour quel succès voudriez-vous que ce soit?

Pour avoir aidé à développer la statistique au Québec francophone. Sorana Froda a dit de moi que j'ai d'anciens thésards d'un océan à l'autre. De Louise Dionne à Terre-Neuve à Jean Meloche à Vancouver. J'en ai aussi un en France et un au Maroc.


Le numéro spécial mentionné dans cette entrevue sera publié sous le titre suivant:

Mathematical Statistics and Applications: Festschrift for Constance van Eeden. IMS Lecture Notes and Monograph Series, 43, 2003. Rédacteurs : Marc Moore, Sorana Froda et Christian Léger. Une co-publication du CRM (Centre de recherches mathématiques), de l'Université de Montréal et de l'IMS (Institut de statistique mathématique).

À propos de l'interviewer

Bertrand Clarke

Bertrand Clarke

Bertrand Clarke a obtenu son baccalauréat ès sciences de l'Université de Toronto et son doctorat en statistique de l'Université d'Illinois. Après avoir un poste de professeur de trois ans à l'université Purdue, il a rejoint UCB où il est membre du corps enseignant au Département de statistique. Il s'intéresse à l'inférence bayésienne, à l'asymptotique, à la modélisation mathématique des systémes biologiques et à la théorie de l'information.









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