Confidences de David A. Sprott
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David A. Sprott

David Sprott en 1990
photo par Gwen Sharp
Veracruz, Mexique, février 1986
Münich, 1985
photos par R. Viveros Aguilera
David A. Sprott est né à Toronto en 1930. Il a obtenu son baccalauréat ès Arts en 1952, sa maîtrise en 1953 et son doctorat en 1955, à lUniversité de Toronto. Assistant de recherches au Laboratoire Galton de lUniversité de Londres en 1955-56, il revint pour deux ans à lUniversité de Toronto en qualité de biogénéticien et de professeur clinique au département de psychiatrie. Membre du personnel de lUniversité de Waterloo à partir de 1958, il accéda à la titularisation en 1961 et devint, en 1967, le premier doyen de la Faculté de mathématiques. Il assuma également deux mandats successifs à la direction du département de statistique, de 1967 à 1975. Le professeur Sprott a visité lUniversité du Saarland en 1965, lUniversité dEssex en 1969-70, et lUniversité de Münich en 1975. Fellow de lAssociation des statisticiens américains (ASA) et de lInstitut de statistique mathématique (IMS), il est également membre de lInstitut international de statistique et de la Société royale de photographie. Il fut nommé membre de la Société royale du Canada en 1975 et a reçu la médaille dor de la Société statistique du Canada en 1988.
Les extraits suivants d'une conversation enregistrée le 19 décembre 1988 à l'université de Waterloo sont à l'origine apparus dans le vol. 3, numéro 2 de Liaison, février 1989.
L = Liaison, S = Sprott
L. Quest-ce qui vous a amené à opter pour la statistique?
S. Au départ, je voulais être actuaire. À lécole secondaire, les mathématiques étaient ma matière forte; alors jen suis venu tout naturellement à opter pour les sciences pures: mathématiques, physique et chimie, quoi. Cétait un programme quon considérait comme très difficile, et jimagine que ça devait lêtre pour les étudiants qui navaient pas la bosse des maths, mais au fond, ce nétait pas si sorcier. Jai décroché une bourse dès ma première année et je lai conservée par la suite, à la grande surprise de certains professeurs, dailleurs! Mais jai perdu peu à peu de mon enthousiasme envers les sciences. Dès la première année, jen ai eu ras le bol de la chimie: belle gerbe de verbiages philosophiques, tiens, que je me suis dit. En deuxième année, même verdict, mais à propos de la physique cette fois. Et en troisième, ce sont les mathématiques pures qui ont écopé. En fin de compte, jai fait comme bien dautres, je crois: je me suis tourné vers la statistique à défaut dautre choix!
Si javais choisi lactuariat, au départ, cétait surtout parce que je pensais y faire plein de pognon, mais jai perdu toutes mes illusions après avoir travaillé pour une compagnie dassurances pendant les vacances. Le premier été où jai été engagé par la National Life, jai passé deux mois à multiplier a par 1,025 et à ajouter le produit à b, sur un de ces vieux modèles de calculatrice de bureau. La deuxième année - faut croire que javais pas bien saisi la leçon, alors il a fallu que jy retourne pour vérifier - la deuxième année donc, ça a été encore pire; la compagnie avait fait lacquisition dun ordinateur IBM et jai passé tout mon temps à vérifier ses calculs pour voir sil navait pas fait derreur. Mais mon changement dorientation est dû surtout au fait que je nai jamais réussi le troisième examen de la Société des actuaires, celui qui porte sur la théorie des probabilités et la statistique. Après avoir été recalé quelques fois, jai décidé dabandonner lidée. Je navais plus guère le choix que de poursuivre des études de deuxième cycle en statistique!
Mais à vrai dire, je navais pas le goût de chercher un boulot. Luniversité et son atmosphère que je sentais un tant soit peu léthargique me plaisaient. Comme Ralph Stanton était mon directeur de thèse, je me suis inscrit à plusieurs de ses cours. Cest comme ça que jai connu le livre de William Feller, dont la première édition venait tout juste de paraître. Par la suite, le livre de Fisher, Design of Experiments, ma conduit à mintéresser à lanalyse combinatoire, ce qui rejoignait tout à fait les compétences de Stanton, dailleurs alors, nous avons épluché les travaux de Bose et ça nous a amené à nous pencher sur le problème des effets confondus. Il sagissait de toute évidence dun problème de combinatoire où intervenait la théorie des groupes; les travaux de Bose faisaient appel à des géométries projectives de dimension finie et aussi à des plans en blocs incomplets équilibrés et partiellement équilibrés, sans parler de la méthode des différences. Incroyable, toutes les mathématiques quil pouvait y avoir là-dedans! Il a fallu que je me tape de la théorie algébrique des nombres pour débroussailler tout ça. Cest comme ça que jai croisé lun des plus beaux théorèmes quil mait été donné de voir: un résultat de Shrikhande (1), qui montre que pour obtenir un plan en blocs incomplets équilibrés et symétriques (donc où le nombre de variétés est égal au nombre de blocs), il faut que r l soit un carré parfait, r étant le nombre de répétitions (le nombre de fois quun traitement est effectué) et l étant le nombre dapparitions de chaque paire dans un bloc, de sorte que le plan dexpérience est équilibré, étant donné que les variances entre les paires de traitements sont égales. Ça ma passionné, tout comme les théorèmes de Bose sur les ensembles de différence qui permettent de former des plans en blocs égaux incomplets équilibrés à partir de blocs initiaux obéissant à des conditions spéciales.
Jai trouvé ça particulièrement gratifiant de travailler dans ce domaine, parce que les gens peuvent voir exactement ce que vous avez fait. Aucun risque quon vous accuse de navoir rien fait ou de lavoir fait de travers! Les rapports dévaluation sont beaucoup plus simples quen inférence statistique, je vous en passe un papier! Je me demande même parfois si je naurais pas dû continuer dans cette veine-là! Enfin, bref, jai rédigé ma thèse sur les plans dexpérience en blocs incomplets; par la suite, en collaboration avec Stanton, jai établi comment appliquer la méthode des différences pour construire de nouveaux plans équilibrés, démonstration encore citée, je crois. (2)
Jai également fait une mineure interdisciplinaire en génétique. On my a obligé, alors il a bien fallu; mais sil y a un service que luniversité ma rendu, cest bien celui-là! En fait, Stanton était prêt à me la donner, ma mineure interdisciplinaire, mais le département a refusé, alléguant quune mineure interdisciplinaire, ça doit être vraiment interdisciplinaire. Je suis donc allé voir Len Butler, au département de biologie, et, à ma grande surprise, il ma accueilli à bras ouverts. En général, les biologistes étaient plutôt méfiants vis-à-vis de la statistique, mais certainement pas lui! Il ma conseillé de minscrire à un cours terminal du premier cycle et à un séminaire de deuxième cycle. Je navais jamais pris un seul cours de biologie de ma vie, moi, alors quand je lui ai dit quil y allait un peu fort avec son cours de deuxième cycle, il ma répondu de ne pas ménerver, parce que de toute manière, je serais probablement le seul qui y comprendrait quelque chose!
Il faut dire que le cours du bacc. men a fait baver un peu au début, mais une fois comprises les lois de Mendel et de la ségrégation des gènes, ça a coulé de source. Par contre, jai vite compris pouquoi Butler avait déclaré que je serais le seul étudiant qui allumerait dans son cours de deuxième cycle. Ce cours était basé sur le livre de Mather sur la mesure de liaison; cétait truffé de maximum de vraisemblance dun couvert à lautre. Dailleurs, je suis maintenant convaincu que cest spécifiquement pour résoudre des problèmes de génétique que Fisher a mis au point la méthode du maximum de vraisemblance Pour moi, cest clair comme de leau de roche. Jirais même jusquà dire que les généticiens sont les seuls qui la comprennent vraiment, cette méthode. Consultez les livres de génétique: cest là quon trouve les meilleures explications à ce sujet. Ces gens-là utilisent la méthode tout le temps, alors ils en parlent du point de vue pratique on ne peut pas en dire autant des bouquins de statistique.
Pour en revenir à ce cours de deuxième cycle, Butler nous avait demandé à chacun de faire une présentation orale en classe. Pour ma part, jétais censé parler dun certain coefficient proposé par Lush, je crois, ou par un autre bonze du même genre; mais une bonne fois, le prof. sest aperçu que je traînais avec moi le livre de Fisher, The Theory of Inbreeding (3). Il ma demandé si jy comprenais quelque chose; oh que si, je lui ai répondu, et drôlement plus que le sujet sur lequel je dois faire mon exposé. «Alors parlez-nous donc plutôt de ça, si ça vous chante.» Et cest ainsi que jai passé trois ou quatre heures de cours à exposer la théorie des croisements consanguins, qui fait appel principalement à la notion de matrice de transition de probabilités pour une chaîne de Markov. Le professeur lui-même prenait des notes et jai appris par la suite que dès lannée suivante, il sétait mis à introduire des notions de chaînes de Markov dans son cours de premier cycle. De fait, létude des chaînes de Markov et des processus stochastiques a été motivée en bonne partie par les besoins de la recherche en génétique. La diffusion dun gène à lintérieur dune population est un bon exemple dun processus de branchement (que Feller mentionne, dailleurs) et on retrouve cet exemple dans le livre de Fisher, The Genetical Theory of Natural Selection, où on expose aussi la théorie classique des croisements consanguins. De toute évidence, Fisher lui-même ne connaissait pas du tout la théorie des chaînes de Markov, parce quil a tout refait à partir du début.
L. Quavez-vous fait après avoir terminé vos études doctorales?
S. Grâce à Butler et Stanton, jai obtenu une bourse du Conseil national de la recherche afin de poursuivre des études postdoctorales pendant un an avec le docteur Penrose, au Laboratoire Galton de Londres. Il était médecin, membre de la Société royale aussi, et il faisait des recherches en génétique humaine. À cette époque-là, on se préoccupait beaucoup des conséquences des radiations de fond émises lors des essais nucléaires. Cela soulevait une certaine controverse au sujet des forces en évolution. Fisher avait démontré que si un hétérozygote Aa est supérieur à lun ou lautre des deux homozygotes (AA et aa), il est alors possible de garder en équilibre stable le «mauvais» gène récessif même en labsence de toute mutation. Cela posait le problème de trouver sous quelle condition on pouvait garder trois allèles en équilibre stable. La drépanocytose africaine est un exemple typique de gènes comportant cette caractéristique particulière. Éventuellement, la condition en question sest avérée plutôt simple et applicable au cas général de k allèles: il suffit que la matrice des coefficients de sélection soit définie positive (4).
À ce moment-là, la bourse postdoctorale du CNR sélevait à environ 1 800$, plus les frais de déplacement. Et ça suffisait pour vivre, croyez-le ou non!
L. Une fois lannée écoulée, vous êtes retourné à Toronto?
S. Cest exact. Penrose et Sheppard, un professeur dactuariat, mont recommandé auprès de Stokes, le directeur du département de psychiatrie à lUniversité de Toronto. Jai donc décroché un poste de professeur de cas clinique de psychiatrie. Cette expérience a certainement contribué à élargir mes vues sur les sciences en général, et la statistique en particulier. Jai pu observer les chercheurs et javais mes petites idées sur la façon dont ils pourraient mieux sy prendre, mais il me semblait surtout que les statisticiens ne répondaient pas aux bonnes questions. Au mieux, les chercheurs cliniques avaient à leur disposition un tas dappareillage et ils recueillaient des flopées de données pendant des années, après quoi ils voulaient dresser un rapport et formuler des conclusions. Que voulez-vous que ça leur fasse, ce qui se passe asymptotiquement? Ils veulent tout simplement savoir ce quils peuvent dire hic et nunc.
Pendant que jétais en Angleterre, Fisher avait publié un article intitulé Statistical Methods and Scientific Induction (5). Cest en essayant de comprendre cet article que je me suis découvert un intérêt certain pour la statistique, ce que ni mes études ni mon diplôme navaient réussi à faire dailleurs. Même si je métais intéressé à laspect combinatoire de la planification dexpérience, la logique qui sous-tend linférence statistique mavait complètement échappé. Par contre, je me souviens dun problème appliqué en régression quon mavait soumis en quatrième année, un problème où les valeurs des x nétaients pas contrôlées, cétait. En se fiant aux principes quon mavait enseignés, il mavait semblé quil fallait tenir compte de la variabilité des x en considérant la loi conjointe des x et des y, mais mon professeur de statistique avait dit quil valait mieux conditionner sur les valeurs des x. «Mais, daprès ce que vous nous avez dit vous-même, ce nest pas ça quil faut faire!», que je lui avais dit. Et il me répondit simplement «Cest vrai, mais cest comme ça, cest tout!» Et cest effectivement ce que Fisher disait de faire, lui aussi, mais lui au moins donnait des raisons. Ce quil disait ne contredisait en rien ce que javais appris, mais ça me permettait en plus den saisir la logique sous-jacente. Cest ça qui a le plus influencé ma façon denvisager la science, lexpérimentation et linférence; ça, mais aussi lexpérience que jai acquise à lhôpital psychiatrique et bien sûr les nombreux entretiens que jai eus avec Daniel DeLury.
Je me souviens de la réaction de Fisher quand Bartlett avait prétendu quil ny avait aucune raison logique de considérer le rapport S1/S2 comme étant fixe dans le test de Behrens-Fisher (6). Fisher avait répondu quil ne savait pas au juste que ce Bartlett entendait par là, mais que la valeur de S1/S2 est en fait la seule chose que lexpérimentateur connaisse avec certitude! Cette vérité ma frappé. Il y a quand même une différence entre observer quelque chose et ne pas lobserver, parbleu! Et particulièrement si ça vous a coûté 100 000$ et cinq ans de votre vie pour le faire, comme ça se produit souvent en psychiatrie. Se taper tout ça pour se faire dire ensuite de faire dautres essais cliniques et de prendre la moyenne, ça dépasse un peu les bornes, il me semble.
L. Quest-ce quils avaient comme données au juste, dans votre hôpital psychiatrique?
S. Des données atroces. En autant que je pouvais en juger, cétait subjectif à mort. Tenez, par exemple, ils sintéressaient à une maladie qui sappelle la catatonie périodique. Ils avaient mesuré cinq variables physiologiques différentes sur des patients pendant à peu près cinq ans, dont lune, le taux de métabolisme basal, devait être pris à 6h. le matin, avant que le patient ait le temps de sexciter. Javais pensé utiliser les fonctions discriminantes et lanalyse multidimensionnelle pour étudier ces données. Mais en y regardant de plus près, je me suis aperçu quil y avait des données manquantes pour à peu près tous les patients sauf trois ou quatre! Cinq ans de travail pour en arriver là, imaginez ce nétait pas la rigueur du protocole qui les étouffaient! Mais en plus, ils ont découvert à la toute fin que la technicienne de laboratoire qui était chargée de lire le taux de métabolisme basal était une fanatique religieuse qui profitait de cette période de la journée pour tenter de convertir les patients! Quelle influence ça peut avoir sur le métabolisme basal dun type, je vous le demande bien!
Jai aussi eu des contacts avec un autre chercheur qui étudiait les variations cycliques du taux de métabolisme. Le sang passe très près de la surface de longle à la cuticule; en mettant de lhuile à cet endroit, on peut voir au microscope le sang circuler. Lorsquon arrête la circulation à laide du manchon dun sphygmomanomètre, le sang passe du rouge au bleu au fil de lépuisement de lhémoglobine et si on place un spectromètre, les lignes spectrales de lhémoglobine disparaissent. Ce chercheur, donc, mesurait le délai entre linstallation du manchon et la disparition du spectre. Cétait une mesure de changement du métabolisme. Dans ma naïveté, je métais imaginé quil utiliserait un appareil hyper-sophistiqué pour faire ça; eh bien, pas du tout! Ils utilisaient une vulgaire loupe comme ils vendent chez Woolworth. Jai regardé dedans et je nai rien vu dautre que mes cils: pas lombre dune ligne dhémoglobine. Je ne pouvais même pas voir le lit de longle, alors pensez!
Quand jai tracé le graphe des données, je suis tombé sur une courbe sinusoïdale parfaite. À quoi bon essayer danalyser ces données-là, que je leur ai dit: on jurerait que vous avez enregistré un diapason! De toute manière, quel crétin aurait confiance dans des résultats obtenus à laide dun équipement aussi primitif, je me le demande. Il mest venu à lidée que ces cycles-là étaient peut-être produits par lexpérience elle-même. À toutes les deux minutes, le chercheur installait le sphygmomanomètre, le relâchait et prenait la mesure. Mais quand on stimule un organisme périodiquement, de cette façon, rien ne prouve que lorganisme ne finira pas par réagir également au même rythme, sans que cela signifie que quelque chose cloche. Mes conversations avec DeLury mavaient convaincu de limportance davoir des observations objectives qui peuvent être répétées à volonté; mais là, cétait tout le contraire!
Je me suis occupé à ce genre de chose jusquà ce que je vienne à Waterloo. En tout, jai passé deux ans à lhôpital psychiatrique mais attention, je faisais partie du groupe témoin! Les gens mont souvent demandé quelle était la différence principale entre luniversité et lhôpital; et je leur répondais toujours quà lhôpital au moins, il se produisait parfois des guérisons!
L. Alors, vous avez quitté une institution pour entrer dans une autre, si je comprends bien.
S. Tout à fait. Stanton avait déménagé à Waterloo en 1957. Cétait lannée où les universités ont pris leur envol, surtout à cause de lavance que les Russes venaient de prendre dans lexploration spatiale avec le lancement du premier spoutnik, je pense; on a compris quon était mieux de sy mettre. On simaginait que luniversité était le grand dépositaire du savoir et avait solution à tout. En fait, le changement sest surtout manifesté au niveau des salaires. LUniversité de Waterloo ouvrait, à peu près à ce moment-là, et Stanton, après beaucoup dhésitations, a quitté Toronto et est venu fonder un département ici. Je lai suivi un an plus tard. On ma engagé au rang dagrégé à environ 8 800$ par an et Stanton ma dit: «Cest très élevé comme salaire, alors ne tattends pas à être augmenté dici longtemps » Ce qui fut dit fut fait!
Les quatre ou cinq premières années, je nai pas donné un traître cours de statistique; il ny en avait aucun de prévu au programme, à cette époque-là. Jenseignais surtout lalgèbre et le calcul différentiel et intégral. Quant à linformatique, ça existait à peine. Après mêtre bien écuré de ma compagnie dassurance, javais travaillé un été au centre informatique de Toronto, quand jétais étudiant au bacc. Là aussi je devais multiplier a par 1,025 et y ajouter b. Ils avaient des ordinateurs IBM, dont jai eu loccasion de me servir, et je vous signale quil fallait faire les branchements soi-même, soit dit en passant. Plus tard, quand jétais maîtrisard, ils ont acheté un des premiers gros ordinateurs électroniques. Il faut simaginer une pièce toute remplie de tubes énormes entourés dun personnel vêtu de blanc qui la traite aux petits soins, cette grosse bébête. Cinquante pour cent du temps étaient réservés à lentretien, alors tu parles! Si on voulait vraiment lutiliser, cet ordinateur, il fallait passer la nuit debout. Et je passe sous silence les joies de programmer en langage-machine sur une échelle binaire à cinq chiffres lue à reculons. Le pire, cest que ce dinosaure ne possédait même pas la puissance du micro que vous voyez là, sur mon bureau! Cest incroyable, lévolution quil y a eu dans ce domaine! Jai limpression que la plupart des premiers professeurs engagés en informatique navaient même jamais pris de cours dans ce domaine à luniversité.
Même en statistique, vous savez, ce quon enseigne aujourdhui na pas grand chose à voir avec ce quon racontait à lépoque, croyez-moi. Je suis persuadé quà lheure actuelle, les étudiants de deuxième année en connaissent davantage que moi, lorsque je faisais ma maîtrise à Toronto. Les choses quon leur enseigne aujourdhui, cétait de la recherche, il ny a pas si longtemps. Tenez, par exemple: quand Jim Kalbfleisch était étudiant au deuxième cycle, ça nous a pris un sacré bout de temps à tous les deux pour comprendre les méthodes dinférence conditionnelle quon trouve dans son livre, là!
Mais même les cours de mathématiques que jai donnés, je vous dirai, ils ont toujours relevé strictement de lappliqué. Parce que la théorie pour la théorie, très peu pour moi, merci. Moi, jai commencé à aimer les maths le jour où, au secondaire, les lettres ont remplacé les chiffres. Je nai jamais su additionner, alors. Il suffit de poser linconnue égale à x et tout à coup, votre rayon daction nest plus le même moi, ça me fascine! Sans parler du calcul différentiel et intégral, qui permet de résoudre tant de problèmes autrement insolubles! Mais les mathématiques pures, ça mennuie à mort, avec tous ces concepts de continuité et dexistence de dérivées à gauche et à droite, et tout ce charabia depsilon et de delta quon voyait en deuxième année. Lanalyse complexe, par contre, jai trouvé intéressant, justement parce que ça sert à quelque chose.
L. Vous vous réclamez de la tradition britannique, si je comprends bien.
S. Ça doit être ça. Je me souviens dune discussion que javais eue à ce sujet avec un mec dune autre université qui prétendait que cétait un peu beaucoup à cause de leurs mathématiques modernes, quon ne retrouve pas en Angleterre, que les Américains étaient parvenus les premiers à la lune. Moi, je dis que cest de la foutaise; sils ont pu aller si loin, cest grâce aux lois de Newton et à toute la technologie de miniaturisation, un point cest tout; ça na rien à voir avec les mathématiques. En autant que je sache, les calculs mathématiques que ça nécessite étaient déjà connus du temps de Gauss, pour lessentiel. À la suite dun papier que jai écrit sur Gauss en 1977 (7), dailleurs, Ian McLeod a attiré mon attention sur un article dun bonhomme de Cambridge, un certain Young, qui parlait de la méthode des moindres carrés récursifs et qui disait que Gauss aurait sûrement été fier dapprendre quune généralisation de sa méthode des moindres carrés avait été utilisée dans le cadre du projet Apollo. Ça a piqué ma curiosité, alors je suis retourné lire Gauss et jai constaté, à mon grand étonnement, que ces formules-là sont consignées en toutes lettres dans son uvre.
L. Éventuellement, vous avez fini par donner des cours de statistique, non? Cest arrivé comment?
S. Avec le temps, les besoins de formation en statistique se sont faits sentir. Le premier cours de deuxième année dont je me souvienne, mais ce nest probablement pas le premier que jaie enseigné, je lai donné avec Behara, qui était professeur à Waterloo dans ce temps-là. Nous avions chacun un groupe. Dans le mien, il y avait Zarnke et dautres maniaques de linformatique; je pense que ce sont ceux qui ont écrit WATFOR, dont la vitesse dexécution a valu à Waterloo une réputation enviable dans ce domaine. Tout ce dont je me souviens, cest quils se sont tous lancés en informatique. Behara, lui, avait Jack Kalbfleisch, Jerry Lawless et dautres dans son groupe, et ils ont tous choisi de devenir statisticiens. On ma dit après que cétait parce que Jim Kalbfleisch était responsable de leurs travaux pratiques. Probablement que jai dû me charger moi-même des travaux dirigés de mon groupe et que je leur ai fait peur, ou quelque chose comme ça.
Je suis sûr quil a dû se produire dautres événements avant ça, mais franchement, je ne me souviens pas. Je sais que Jim Kalbfleisch est venu à Waterloo pour faire son doctorat en combinatoire: quelque chose sur les nombres de Ramsay et la façon de colorier les arêtes dun graphe; cétait très joli. Et il faisait de la statistique à temps partiel.
En y pensant bien, je me demande même si je nai pas enseigné des cours de statistique au deuxième cycle avant den donner au premier cycle. Il y avait tout un branle-bas à ce moment-là, avec des mémos qui volaient dans tous les sens, pour savoir si luniversité devait instaurer un programme de deuxième cycle en mathématiques. Nombreux étaient ceux qui sy opposaient, parce que, disaient-ils, nous narriverions pas à la cheville de Toronto; à leur avis, il valait mieux concentrer nos énergies au premier cycle. Au contraire, Stanton prônait daller de lavant et douvrir le deuxième cycle le plus tôt possible. Je crois quil avait raison. En fin de compte, le projet a fini par se réaliser, plusieurs mémos plus tard, et je me suis retrouvé à enseigner linférence statistique à partir du livre de Fisher, Statistical Methods and Scientific Inference. «Au pays des aveugles, les borgnes sont rois» nest-ce pas! Le livre était relativement récent et javais quand même bûché pas mal pour le comprendre.
En troisième année, aussi, jai enseigné un cours sur la régression à Jack Kalbfleisch, Jerry Lawless, Neil Arnason et à dautres du même calibre. Mais il y avait comme un nud: javais besoin dalgèbre linéaire et de la loi normale à n dimensions, ou plutôt, je croyais que jen avais besoin. Maintenant que je connais lapproche de Barnard, jai réalisé que ce nest pas nécessaire, alors aujourdhui, je my prendrais autrement. Jai fini par me taper une session complète à enseigner lalgèbre linéaire, sans toucher à la statistique du tout. Entre-temps, je suis tombé sur le seul article intéressant que jaie jamais lu dans les Annals; il portait sur les transformations orthogonales aléatoires et montrait comment utiliser lalgèbre linéaire pour déduire la loi de Wishart et la décomposition de Bartlett dune manière assez élégante. Jai donc décidé den parler dans mon cours, mais en prenant bien garde de spécifier, pour les rassurer, que ce nétait pas matière à examen. Cest de là que vient la rumeur qui veut que jaie déjà enseigné la loi de Wishart en troisième année.
L. Rien de tel quun bon rectificatif!
S. Jai de nouveau enseigné à ce groupe, en 1965 je crois, des cours de quatrième année en inférence statistique et en planification. Clif Young était venu de McMaster faire sa maîtrise ici. Il est resté marqué, paraît-il, par tous ces concepts de géométrie projective dont je me servais pour leur faire comprendre le problème des effets confondus. Cest vrai que ça peut paraître un peu tiré par les cheveux pour un esprit pratique, mais cest franchement la seule façon que je connaisse de lexpliquer. Des vecteurs et des plans définis dans une géométrie projective de dimension n sur un corps GF(p), cest peut-être un tantinet abstrait! Mais de fait, je ne vois toujours pas comment my prendre autrement, alors faut faire avec!
À lorigine, le département était essentiellement constitué de Greg Bennett et Jim Kalbfleisch, à part moi. Et puis de Mike Bennett, qui était en sciences actuarielles. Jai conseillé à Clif Young, et à Jack Kalbfleisch aussi il me semble, daller faire leur doctorat ailleurs. Je ne me sentais pas suffisamment sûr de moi pour être directeur de thèse; cest encore vrai, dailleurs. Je trouve que ça représente une responsabilité énorme que je nai jamais vraiment voulu endosser. Parce que je nai jamais eu de problème que je puisse présenter à un étudiant en lui disant : «Voilà, fais-ça, travaille là-dessus, trouve-moi une solution à ce problème, et ça te fera une thèse.» Les problèmes sont toujours plus ouverts que ça et si jen avais un tout cuit, je me dis que jaurais déjà tenté de le résoudre. Et si je ny ai pas réussi, je ne vois pas pourquoi un étudiant serait en meilleure posture. Comme Barnard disait, pour rédiger une thèse en inférence statistique, il faut un degré de maturité que la plupart des étudiants nont pas. Cest pourquoi jhésite toujours à superviser des étudiants à moins quils sachent ce quils veulent faire et quils soient prêts à y consacrer beaucoup de temps.
Bref, Clif Young est effectivement allé faire son doctorat avec Finney, mais Jack ma demandé dêtre son directeur. Je lui ai dit: «Je veux bien quon travaille ensemble, mais il faut que tu comprennes que je nai rien à te proposer de bien spécifique; on pourra explorer ensemble.» Il a accepté. De fait, on y a trouvé notre profit tous les deux, parce que jétais doyen à lépoque et je suis convaincu que je naurais pas été aussi productif sil navait pas été là.
L. Ça se passait vers 1968, non?
S. Oui, à peu près au moment où Godambe est arrivé à Waterloo. Il était déjà venu comme conférencier invité, en 1963 ou 64, lorsquil travaillait à Statistique Canada. À un moment donné, javais été intrigué par la problématique que pose léchantillonnage de populations finies, avec ses boules, ses étiquettes et tout le bataclan, et je ne parvenais pas à trouver le fin mot de laffaire. Alors jai dit aux étudiants de mon cours dinférence statistique quil y avait quelque chose qui déconnait quelque part: vous pigez des boules dans une urne, vous pensez avoir affaire à une loi binomiale bien ordinaire, mais tout dun coup, ce nest plus ça. Vous pensez être devant une fonction de vraisemblance et pfouit elle est partie. Alors je leur ai avoué «Écoutez, moi je ny comprends rien, alors si vous voulez, jai invité lexpert en la matière, M. Godambe, qui va éclairer nos lanternes.» Cette histoire a un dénouement à la fois heureux et malheureux, ça se trouve: Godambe est resté à Waterloo, mais moi, je ne comprends pas plus quavant!
L. Cest vrai que vous avez connu Fisher?
S. Oui, un peu. Et je dois ajouter quil ma toujours manifesté beaucoup de bienveillance. La première fois que je lai rencontré, jétais stagiaire postdoctoral. Je lui avais écrit pour lui demander un tiré-à-part de son article Statistical Methods and Scientific Induction (5) qui venait de paraître. Il me la effectivement envoyé, avec un mot qui disait «Je présume que vous venez de létranger, étant donné que le laboratoire où vous travaillez est complètement vendu à lapproche de Neyman-Pearson.» Quand je lui ai montré la lettre, Penrose sest senti plutôt vexé; lui-même navait pas du tout limpression dêtre vendu à cette approche. De toute façon, Fisher ma bel et bien invité à le rencontrer, mais il a insisté: si vous êtes de létranger seulement. Jy suis allé et jai assisté à une de ses conférences. Il en prononçait régulièrement à lÉcole dagriculture. Je trouvais ça plutôt ironique, car enfin, il devait bien y avoir quelques statisticiens à Cambridge, mais lui sadressait à des agronomes qui ne comprenaient probablement pas un traître mot de ce quil racontait. Dailleurs, cétait un très mauvais conférencier. Jai entendu plusieurs histoires à ce sujet.
Après la conférence, il ma abandonné aux souris, dans son laboratoire, avec des épreuves de son livre, Statistical Methods and Scientific Inference, qui allait bientôt paraître. Jai passé laprès-midi à le lire et ensuite, jai eu une conversation plutôt vague avec lui.
On a renoué contact après la sortie de son livre. Ma curiosité avait été piquée par un exemple particulièrement intéressant où il y avait des observations de deux natures différentes. Il y avait une source radioactive qui générait une distribution selon une loi continue et on prenait une seule observation; ça permettait dengendrer une loi fiduciaire pour le paramètre q quon appliquait ensuite à la fonction de vraisemblance du reste de léchantillon qui, lui, était constitué de données discrètes. Dans sa critique du livre, Lindley avait repris le problème en supposant deux observations x et y, et il montrait que si on se servait de x pour construire la loi fiduciaire et de y pour extraire la fonction de vraisemblance, on nobtenait pas la même réponse quen faisant linverse. Il y avait aussi une statistique exhaustive dans le décor et on pouvait en tirer une loi fiduciaire entièrement différente des deux autres, et que, personnellement, je croyais être la bonne. Jétais convaincu quen procédant à la façon de Lindley, on perdait de linformation et les intervalles de confiance quon obtenait risquaient dêtre trop longs. Jai travaillé longtemps là-dessus et ça ma frappé tout à coup que la justification réelle reposait sur ce quon pourrait appeler léchangeabilité ou linterchangeabilité de deux observations du même type. Il y avait là un axiome qui me semblait avoir préséance sur les axiomes de Kolmogorov, à savoir que les observations qui ne modifient pas la fonction de vraisemblance ne devraient pas non plus modifier la solution. Cette condition élimine les solutions contradictoires de Lindley, parce que les variables x et y ny jouent pas le même rôle. Et jai pu prouver que si on impose la condition suivante, que lapplication du théorème de Bayes doit donner le même résultat des deux façons, on obtient le même résultat quen se servant de la statistique exhaustive. Mais jai pris la peine de mentionner quil ne sagissait pas là dune critique de Fisher, parce que dans son exemple, il était clair que les observations nétaient pas échangeables. Jai soumis ces réflexions au Journal of the Royal Statistical Society, Series B en mattendant à ce quelles soient carrément rejetées. Eh bien non (8), et ça a même intéressé Fisher, figurez-vous. Alors ça ma encouragé à récidiver avec un autre article où jai tenté de généraliser le concept dinvariance de la vraisemblance (9).
Cest à ce moment-là que Barnard ma écrit pour me dire quil avait participé à lévaluation de mon article; il ma dit que ça lui avait plu et quil serait ravi que je lui rende visite à Imperial College. Jai accepté avec joie, dautant que son uvre mavait déjà influencé; DeLury mavait conseillé de lire Barnard si je voulais comprendre Fisher. Je lai donc rencontré, nous avons discuté ensemble, lui et moi, avec Jenkins, Winsten et dautres collègues, et nous avons décidé daller faire un tour à Cambridge.
À ce moment-là, Fisher venait décrire ses articles sur les méthodes déchantillonnage de lensemble de référence (10, 11) et je ny comprenais rien. Dailleurs, ce nest que récemment que je les ai compris. Il sy prenait de façon vraiment compliquée pour dériver la loi conjointe des variances lorsque les moyennes sont égales; alors, je lui ai demandé pourquoi ne pas calculer la loi fiduciaire de (s1, s2) sachant que q1 = q2, comme on fait dhabitude. Le résultat est le même. Cest dailleurs comme ça que jai découvert quil avait fait une erreur de calcul, quil a reconnue dailleurs. Je le revois me répondre, tout en se caressant la barbe: «Oui, cest une approche très rationnelle, mais ça ne tient pas compte de lépaisseur des tranches de bacon.» Dans le train, au retour, Barnard me demande: «Avez-vous compris ce que venait faire le bacon là-dedans?» Jai dit non, et il ma expliqué. Mais à bien y penser, cest tout à fait évident. Ce nest pas le concept de probabilité fiduciaire qui fait problème; la théorie classique peut mener, elle aussi, à des semblants de paradoxes si on a le malheur de conditionner sur un ensemble de mesure nulle. Cest réellement un procédé limite et le résultat dépend évidemment de la façon dont on prend la limite. Cest à ça que Fisher faisait allusion avec son histoire de tranches de bacon.
Ça a été ma dernière rencontre avec lui; il est mort peu de temps après. Jamais auparavant je navais perçu la force intellectuelle presque comme une force physique. À la fin, il avait lair fragile, il marchait avec une canne et tout; on avait limpression quun souffle le renverserait, mais quand il parlait, je vous jure que la force était avec lui!
Même si je ne lai pas beaucoup connu en personne, jai entretenu une longue correspondance avec lui. Barnard fait référence à ces lettres dans son article où il décrit Fisher comme un bayésien, dans la Revue de lInstitut international de statistique (12). Selon lui, ces lettres constituent la preuve que Fisher révisait ses notions de probabilité fiduciaire et quil se servait de moi, entre autres, pour les tester. Je lui écrivais pour lui faire part de mes difficultés ou de la contradiction à laquelle on arrivait si on faisait ceci et cela, comme il le suggérait. Mais je naurais jamais osé insinuer quil se trompait ou quil ne savait pas ce quil faisait. Au contraire, je partais du point de vue que cétait manifestement à moi que quelque chose échappait. Alors, il mexpliquait où jétais passé à côté, et tout. Il a toujours été extrêmement cordial dans ses lettres.
L. Depuis quelques années, vous émigrez au Mexique pour une partie de lhiver. Vous voulez nous dire comment tout ça a commencé?
S. Ça a commencé vers 1965, quand ma sur et son mari ont décidé daller vivre leurs vieux jours au Mexique. Ils se sont établis dans la région de Guanajuato, où je suis allé leur rendre visite. Cest situé dans le nord, au début des montagnes, et ça forme une sorte de triangle isocèle avec Mexico et Guadalajara. Il y a des mines dargent dans le coin, et larchitecture est tout à fait exotique. Cest un architecte italien qui a dessiné toutes ces fameuses haciendas qui entourent les ruines des mines dargent. En décembre ou janvier, les bougainvilliers rouges en floraison sont aussi gros que des arbres et cest rempli de colibris. On se croirait dans un autre monde!
Guanajuato est une ville très ancienne remplie de petites ruelles tortueuses comme il y en a dans certaines villes dEurope. La rue principale est à sens unique en surface et entièrement souterraine dans lautre sens, ce qui représente tout un exploit dingénierie, à mon avis. Impossible dy stationner, évidemment. La ville au complet a été déclarée monument national, alors larchitecture est intouchable. Nous descendons à 6 km de là, dans un petit village nommé Marfil.
Ça ma toujours frustré de nêtre quun touriste là-bas; vous ne pouvez pas savoir comme je déteste être touriste. Je naime pas visiter un endroit sans pouvoir parler la langue du pays, dabord. Alors jai suivi un cours de six semaines en espagnol, un été, et ça a fait toute la différence! Dernièrement, nous avons aussi eu la chance daccueillir un excellent étudiant mexicain, Roman Viveros. Vous pensez si je lui ai parlé du Mexique, demandé doù il venait, etc.; on a fini par se connaître relativement bien et je suis devenu son directeur de thèse. Un jour, il ma proposé de lui parler en espagnol pour me pratiquer et cest ce que je fais depuis ce temps-là, sauf quand on parle boutique, bien entendu. Ça ma aidé énormément, mais il faut quand même que je my remette à chaque fois que je retourne là-bas.
À Guanajuato, jai découvert un centre de recherches, le CIMAT, qui dispense aussi des cours en vertu dune entente avec lUniversité de Guanajuato. Cest un centre qui ma lair très actif: leurs salles dinformatique ressemblent tout à fait aux nôtres. Je leur ai écrit et le directeur de recherches ma invité. Franchement, ils sont très hospitaliers. Le CIMAT est en partie dans la montagne, tout à côté dune cathédrale qui appartenait à un noble à lorigine. Il est situé dans un square où se croisent plusieurs circuits dautobus. Lorsquon est fatigué de travailler, on peut sortir sasseoir au soleil et samuser à regarder les touristes déambuler. Les salles de classe sont situées dans les cloîtres. Ça ressemble assez à University College, à Toronto, mais dans un environnement complètement différent! Quand jy vais, ils mettent un bureau à ma disposition et je donne habituellement une série de conférences. Depuis trois ou quatre ans, je fais même mes exposés en espagnol jessaie, en tous les cas!
Parfois, on minvite aussi à donner des conférences ici ou là. Ou alors je métends au soleil pour réfléchir ou pour la farniente. Et je profite de ce temps darrêt pour écrire. Cest un endroit merveilleux pour ça lorsquon sait plus ou moins ce quon veut écrire; on est tranquille, tout seul, alors on ne risque pas dêtre dérangé. Cette année, cest là que je vais préparer la conférence que je suis censé prononcer à Ottawa, au congrès de la SSC en mai prochain. Je me suis acheté un micro-ordinateur portatif qui est aussi puissant quun PC de 20 meg. Je vais lapporter et me servir dun traitement de texte, à la condition de trouver où le brancher. Cest vraiment un endroit agréable. Cest si bon de se sauver de la neige et puis, pour tout vous dire, jai toujours trouvé que Waterloo était bien plus beau de loin!
Références
1. Shrikhande, S.S. (1950). Ann. Math. Statist., 21, 106-111.
2. Stanton, R.G. and Sprott, D.A. (1958). Can. J. Math., 10, 73-77.
3. Fisher, R.A. (1949). The Theory of Inbreeding. Edinburgh: Oliver and Boyd.
4. Penrose, L.S., Smith, S.M. and Sprott, D.A. (1956). Ann. Human Genetics, 21, 90-93.
5. Fisher, R.A. (1955). J. Roy. Statist. Soc. B, 17, 69-78.
6. Fisher, R.A. (1957). J. Roy. Statist. Soc. B, 19, 179.
7. Sprott, D.A. (1978). Historia Mathematica, 5, 183-203.
8. Sprott, D.A. (1960). J. Roy. Statist. Soc. B, 22, 312-318.
9. Sprott, D.A. (1961). J. Roy. Statist. Soc. B, 23, 460-468.
10. Fisher, R.A. (1961). Sankhya, 23, 3-8.
11. Fisher, R.A. (1961). Sankhya, 23, 103-114.
12. Barnard, G.A. (1987). Int. Stat. Review, 55, 183-190.
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