Confidences de V.P. Godambe
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V.P. Godambe, médaillé dor de la SSC

Brajendra Sutradhar et Vidyadhar Godambe.
photo par L. Cowen
Vidyadhar P. Godambe est né le premier juin 1926, à Poona, ville indienne de la région de Bombay. Il termina ses études de deuxième cycle en statistique à lUniversité de Bombay en 1950 et reçut son doctorat de lUniversité de Londres en 1958. De 1951 à 1955, il fut attaché de recherche au Bureau déconomique et de statistique du gouvernement de Bombay. Après des séjours dun an à lUniversité de Californie à Berkeley (1957-58) et à lInstitut indien de statistique à Calcutta (1958-59), il devint professeur et directeur du département de statistique au Collège des sciences de Nagpur en 1960. Deux ans plus tard, il accepta une chaire de statistique à lInstitut des sciences de lUniversité de Bombay et il fut nommé directeur du département de statistique. Il émigra en Amérique du Nord en 1964.Après avoir été attaché de recherche pendant un an au Bureau fédéral de la statistique, à Ottawa, il fut professeur invité à luniversité Johns Hopkins et à lUniversité du Michigan. Il est professeur au département de statistique et dactuariat de lUniversité de Waterloo depuis 1967.
Le professeur Godambe est membre de linstitut international de statistique et fellow de lAmerican Statistical Association, de lInstitute of Mathematical Statistics et de la Royal Statistical Society. La Société statistique du Canada lui a décerné sa plus haute distinction en 1987.
La conversation suivante a été enregistrée le premier mai 1988 à lUniversité de Waterloo, et à l'origine apparue dans Liaison vol. 2, numéro 3, printemps-été 1988.
L = Liaison G = Godambe
L. Est-il vrai quau départ, vous naviez pas lintention de devenir statisticien ?
G. Cest vrai, en ce sens que mes intentions nétaient pas bien arrêtées, vu que mes intérêts étaient plutôt diversifiés. Javais une passion pour la peinture, mais je mintéressais aussi au sanscrit, à la philosophie, à la physique théorique et aux mathématiques. La vie universitaire ma toujours attiré, même si parfois jai semblé men éloigner par nécessité, à cause du manque de débouchés.
L. Quest ce qui vous a conduit à la statistique, alors ?
G. Il nétait pas facile de se trouver du travail en Inde dans ce temps-là. Par contre, la demande en statistique était très forte, en partie à cause des plans quinquennaux du gouvernement, mais grâce aussi à linfluence du directeur de lInstitut indien de statistique, Mahalanobis, qui a beaucoup favorisé lintégration de la méthodologie statistique aux protocoles denquête. Je me suis dit quen devenant statisticien, je pourrais me trouver un emploi plus facilement tout en continuant à cultiver mon goût pour la théorie.
À lépoque où jai fini ma maîtrise, il y avait de lemploi en statistique, mais moins quaujourdhui. La plupart de mes confrères ont cherché de lemploi dans de petits collèges et en principe, jaurais dû faire comme eux, mais heureusement, dans un sens, jai attrapé une maladie quelconque qui ma cloué au lit pendant six mois. Une fois rétabli, jai vite réalisé que tous les collèges avaient comblé leurs postes et jai donc pensé faire application au Bureau déconomique et de statistique de Bombay. Ils mont engagé au double du salaire que javais demandé !Cétait génial, parce que je navais pas de fonction bien définie et que je pouvais ainsi étudier la théorie de léchantillonnage et me pencher sur les problèmes rencontrés par le Bureau.
L. Cest donc dès ce moment-là que vous avez commencé à penser sérieusement à la théorie de léchantillonnage ?
G. Oui. Javais le temps et le directeur du Bureau, M. Sankpal, mencourageait aussi dans cette voie. Il aurait même voulu me donner de lavancement, mais malheureusement, jétais au bas de léchelle et on sait limportance que lon accorde à la séniorité dans ladministration publique. Alors il a bien fallu que je me fasse une raison. Par après, lorsque M. Sankpal a travaillé pour les Nations unies, il ma demandé de laccompagner à Rome, mais je nai pas pu parce que je nétais pas suffisamment haut placé dans la hiérarchie. À lépoque, tout ça ma beaucoup frustré, même si aujourdhui je pense que ça a été une bonne chose après tout. Cest ce qui ma finalement décidé à donner ma démission et à aller faire mon doctorat.
L. Pourquoi avez-vous choisi de faire vos études de troisième cycle à Imperial College ?
G. Pour travailler avec George Barnard. Javais lu certains de ses articles et javais entendu parler de lui par un de mes professeurs, K.S. Rao, qui venait de lui rendre visite à Imperial College. Cest lui qui ma aidé à prendre contact avec Barnard. Une fois rendu à Londres, mes entretiens avec lui mont ouvert de nouveaux horizons et jai délaissé léchantillonnage pendant trois ans.
Mais au fait, saviez-vous que je nai même pas écrit ma thèse à Londres ? En plein milieu de mes études, Barnard a décidé daller passer deux ou trois mois aux Indes et au même moment, on ma offert daller enseigner à Berkeley. Comme javais besoin dargent, jai accepté. Cest donc là que jai rédigé ma thèse. Je lai soumise à Barnard à mon retour aux Indes.
Quand jétais à Londres avec Barnard, nous nous réunissions une fois la semaine pour discuter. Il me parlait des fondements et mentretenait de toutes sortes de problèmes de statistique. Ça mintéressait à un point tel que javais du mal à me concentrer sur ma thèse. Quand je suis allé à Berkeley, ça a été comme le jour et la nuit. Latmosphère était vraiment différente ; on aurait dit quil y avait moins de liberté de penser, que cétait plus régimenté... Dans ce temps-là, les gens de Berkeley nétaient pas sensibilisés à linférence statistique en tant que sujet de recherche. La plupart dentre eux croyaient à la théorie du comportement inductif de Neyman, qui est en quelque sorte lantithèse de linférence. Cela dit, ils étaient quand même vachement forts dans dautres domaines.
L. Après votre séjour à Berkeley, vous avez été rattaché à lInstitut indien de statistique. Qui était là à lépoque ?
G. Le professeur J.B.S. Haldane, que jai eu la chance énorme de côtoyer pendant un an. Cétait un grand penseur, vous savez. Je ne saurais dire sil a eu une influence directe sur ma façon de voir les choses, mais sa seule présence contribuait à rehausser latmosphère. Il était plein de vie et remettait constamment en question les façons de faire traditionnelles et bébêtes. Et puis, il y avait C.R. Rao, avec qui je me tenais beaucoup, Bahadur, et puis Basu aussi... Cétait un milieu stimulant.
Une fois, je me rappelle, nous étions en train de siroter un café dans le salon des professeurs. Bahadur se plaignait quil avait de la difficulté à dormir et moi, jessayais de lui donner des petits trucs. Nous navions pas remarqué que Haldane était là et nous écoutait. Tout à coup, il a lancé « Si vous voulez vraiment dormir, M. Bahadur, assistez donc à mes cours ! » Pour avoir vu Haldane enseigner, je sais que ça naurait pas été possible, tant il débordait denthousiasme !
L. Cest après cela, nest-ce pas, quon vous a offert le poste de directeur de département à Nagpur ?
G. Tu parles dun boulot de rêve ! Gros salaire, petit train, train bien tranquille... la belle vie quoi ! Cest dailleurs à cette époque-là qua paru mon article (1) sur les équations destimation. Il faut vous dire que cest une idée que je caressais depuis le début de ma carrière en statistique. Je pense que certains physiciens se sont également penchés sur cette idée de supposer que cest lévénement le plus probable qui sest réalisé. À mon avis, cest le principe fondamental de linférence statistique réduit à sa plus simple expression. Il ne fait intervenir que lespace fondamental et la loi des observations, ce qui nest pas le cas du principe de vraisemblance, par exemple. Dans ma thèse de doctorat, javais essayé de développer cette idée dans le cadre dune discussion sur linférence basée sur le mode. Mais je me suis vite aperçu que le mode ne se prête, pas beaucoup à des manipulations mathématiques et je me suis rabattu sur lespérance. Mais cest à Calcutta, lors de mon séjour à lInstitut indien de statistique, que jai découvert mon critère doptimalité pour les équations destimation sans biais.
L. Mais alors quest-ce qui vous a incité à quitter Nagpur et son confort ?
G. Je ne lai pas fait de ma propre initiative. Cest à la suite dune promotion que jai été muté à Bombay, où jai enseigné pendant un an.
L. Est cest ce qui vous a permis de faire la connaissance de V.M. Joshi.
G. En effet ! Joshi était secrétaire du Ministère de lÉducation et jétais professeur de statistique à linstitut des sciences qui est rattaché à ce ministère. Quelques années auparavant, il avait été reçu aux Tripos et voulait faire un doctorat en statistique. Il avait entendu parler de moi, mais moi aussi javais entendu parler de lui ; tu parles ! il avait battu tous les records aux examens dentrée à luniversité.
L. Par la suite, vous avez accepté de revenir en Amérique du Nord.
G. Ça a été plus ou moins fortuit. LUniversité de Bombay venait de créer une chaire de statistique exprès pour moi, mais tous les éléments nétaient pas encore en place pour que le département puisse fonctionner adéquatement. Je me suis dit que je partirais quelque temps et le gouvernement ma donné sa bénédiction, mais finalement je ne suis jamais retourné. Curieux, mais cest la vie. Ivan Fellegi ma invité à venir travailler au Bureau fédéral de la statistique à Ottawa, pendant un an. Par la suite, jai visité luniversité Johns-Hopkins et lUniversité du Michigan, et de là, jai déménagé à Waterloo.
L. Racontez-nous un peu votre expérience au Bureau fédéral de la statistique.
G. Ça a été très positif. Vous savez que javais écrit mon article (2) de 1955 sur les fondements de la théorie de léchantillonnage alors que jétais au Bureau déconomique et de statistique, en Inde. Eh bien, je ne sais pas si cest une coïncidence ou si latmosphère ambiante y a été pour quelque chose, mais cest au Bureau fédéral de la statistique que jai pondu mon célèbre article (3) de 1966 dans lequel je démontre que la fonction de vraisemblance est généralement indépendante du plan déchantillonnage.
L. Cest un résultat dont il a été beaucoup question au célèbre symposium de 1966, à Chapel Hill.
G. Bien avant 1966, javais prononcé des conférences sur les fondements de la théorie de léchantillonnage. Les résultats de mon article de 1955 vous savez, le fait quil nexiste pas destimateur sans biais à variance minimale et surtout que la moyenne expérimentale nest pas un estimateur sans biais à variance minimale dans le contexte de la théorie de léchantillonnage ces résultats, dis-je, étaient déjà connus des statisticiens spécialisés dans le domaine, mais pas de lensemble de la communauté statistique. Les statisticiens américains ont accueilli ce résultat avec... scepticisme, disons, doù lidée dorganiser un symposium.
Jai vraiment été comblé : les gens de Caroline du Nord se sont chargés du financement et de lorganisation du congrès et ils ont invité tous ceux que je voulais. En fin de compte, je nai eu quà me déplacer, même si lidée du symposium était de moi. Ça a permis de faire avancer le domaine et aussi à beaucoup de statisticiens de se mettre au courant des progrès déjà accomplis.
L. Ce symposium a été en quelque sorte le précurseur de celui sur les fondements de linférence statistique qui a eu lieu à Waterloo en 1970.
G. Le symposium sur les fondements de la théorie de léchantillonnage avait remporté un tel succès que nous avons pensé en organiser un autre sur les fondements de linférence. David Sprott était très enthousiaste à lidée. Il y a mis le paquet, financièrement et tout. Ça a été un événement sans précédent dans les annales de la statistique. Neyman avait accepté de prononcer ladresse inaugurale et Bartlett était le conférencier dhonneur au banquet. Jaurais aimé que Jimmy Savage puisse aussi y être, mais il avait un empêchement. Quand même, caurait été chouette sil avait pu y être ; loccasion nen aurait été que plus solennelle. Javais aussi contacté Allan Birnbaum, mais il na pas pu venir non plus.
L. Vous avez été grandement influencé par Birnbaum et son étude des principes dinférence, nest-ce pas ?
G. Beaucoup, en effet. Allan Birnbaum a été le premier à démontrer quune telle étude était réalisable, sinon fructueuse, et quon pouvait en tirer des conclusions, bonnes ou mauvaises. Cest en ces termes que jai parlé de Birnbaum dans sa notice nécrologique. Il a véritablement créé un nouveau champ de recherche en statistique.
L. Après le symposium de Waterloo, vous avez été en sabbatique en Angleterre, non ?
G. Je suis allé à Sheffield, à linvitation de Joe Gani. Cest dailleurs cette année-là, en 1971, que larticle que jai écrit avec Mary Thompson (4) Sur les aspects bayésiens, fiduciaires et fréquentistes de la théorie de léchantillonnage a été présenté à la Royal Statistical Society. Cet article-là était très bien écrit et la plupart des gens qui lont étudié à fond lont aimé. Cest dans cet article que les probabilités fiduciaires ont été abordées pour la première fois dans le cadre de léchantillonnage. Nous avons également parlé de plusieurs autres concepts, bayésiens et non bayésiens, et de la mesure dans laquelle ils sont réconciliables. Et ce qui a rendu larticle encore plus intéressant, cest que les personnes qui lont commenté nétaient pas des méthodologistes denquête, mais des spécialistes de linférence.
Poursuivant dans la même veine, nous avons présenté des résultats (5) sur lestimation robuste quasi-optimale en échantillonnage au congrès de linstitut international de statistique de 1977, à New Delhi. Ces travaux nous ont conduits à examiner le lien entre la randomisation et le principe de la vraisemblance. Dans un article (6) paru dans JASA en 1982, entre autres, jexplicite la composante robuste de la randomisation. Dans cet article, la robustesse nest pas du tout perçue comme étant en conflit avec lefficacité. Tout ce que ça dit, cest quon peut démontrer lefficacité dans des conditions plus souples, cest-à-dire parle biais dune certaine randomisation.
L. Et cest autour de ça que joue le soi-disant « paradoxe de Godambe ».
G. Cest en approfondissant mon analyse de la randomisation et de son rôle que je me suis mis à soupçonner lexistence dun paradoxe. Je me suis aperçu quen transposant tout le raisonnement à une situation très simple, on pouvait en arriver à faire une inférence sur la valeur inconnue mais fixe dun paramètre en se basant sur la valeur observée dune variable aléatoire dont la loi ne dépend pas du tout de ce paramètre. Ce paradoxe a fait lobjet darticles ou de commentaires dans La revue canadienne, JASA et JRSSB (7, 8, 9). Pour ma part, jaimerais bien que les gens continuent den parler, parce que certains aspects de la solution méchappent encore. Je me dis parfois quon pourrait peut-être résoudre le paradoxe si on parvenait à définir précisément ce que lon entend par « paramètre », un peu comme lanalyse du langage a permis de comprendre le paradoxe de Russell. Mais ce nest quune vague impression.
Pour revenir à la théorie de léchantillonnage, je vous ai dit tout à lheure que dans mon article de 1966, jai montré que linférence ne dépend généralement pas du plan déchantillonnage si on adhère au principe de la vraisemblance. Cette découverte a donné naissance à ce quon appelle la théorie dite « des modèles ». Les défenseurs de cette théorie, Royall (10) et ses disciples, sopposent à ce que linférence dépende des probabilités de randomisation. Daprès eux, linférence ne doit faire intervenir que les probabilités découlant du modèle adopté pour la population totale. Je ne suis pas daccord, mais alors pas du tout, avec cette façon de voir les choses. À mon avis, toute inférence digne de ce nom doit dépendre à la fois des probabilités du modèle et des probabilités de randomisation. Quand on lit ce qui se fait de nos jours en théorie des modèles, on a limpression que ces gens-là cherchent toutes sortes dexcuses pour se servir du plan déchantillonnage, même sils saffichent comme des défenseurs incorruptibles de la théorie des modèles. Mais tout ça a quand même du bon ; ça permet aux chercheurs de mieux comprendre et dapprofondir le rôle de la randomisation en échantillonnage. Lidée de la randomisation a survécu à cette attaque et en est ressortie renouvelée et grandie.
L. Quest-ce qui vous a motivé à vous établir au Canada ?
G. Ça semblait être un compromis intéressant entre les États-Unis et la Grande-Bretagne. Le Canada offre une certaine liberté économique et même physique, parce que cest un grand pays, plus grand que ceux dEurope, et quon ne sy sent pas aussi à létroit quà Bombay ou quen Angleterre.
L. Et les aspects matériels de la vie ne sont pas compliqués à Waterloo, sauf bien sûr...
G. Lhiver, oui. Je nai jamais vraiment pu my habituer, même après 20 ans. Les gens sen plaignent beaucoup, mais cest quand même bon pour la santé, je crois.
L. Jallais dire, sauf bien sûr pour lhoraire de la piscine !
G. Cest ma passion, ça, la natation ! Jen fait presque tous les jours depuis 10 ans. Mais ce qui compte par dessus tout, cest que jai trouvé à Waterloo des collègues amicaux et compréhensifs qui comprennent et respectent mon mode de vie essentiellement axé vers la recherche. Sans parler que je me suis trouvé ici une grande collaboratrice...
L. Mais revenons plutôt aux équations et aux fonctions destimation. Cest en 1973, si je ne mabuse, que vous vous êtes remis à analyser les cas où il y a un paramètre nuisible.
G. Ah oui ! Eh bien, cest suite à une série de conférences prononcées par George Barnard à lUniversité de Waterloo, en 1974, que Mary Thompson et moi avons démontré notre premier résultat doptimalité (11) en présence dun paramètre nuisible.
L. Puis vint larticle de 1976 publié dans Biometrika (12) dans lequel vous montrez quil est optimal de conditionner par rapport à une statistique complète et exhaustive pour le paramètre nuisible.
G. Oui, cest un beau résultat qui montre comment on peut intégrer lidée de conditionnement aux fonctions destimation. Larticle montrait en fait que cette technique a beaucoup de potentiel et suggérait aussi une nouvelle façon daborder les concepts dinformation et dexhaustivité en présence dun paramètre nuisible.
Entre temps, nous nous sommes également servis des fonctions destimation pour trouver des estimateurs non paramétriques de la moyenne et différentes généralisations. Je crois que notre article de 1978 dans JSPI (13) a été le premier à montrer la supériorité de cette approche par rapport à lestimation du maximum de vraisemblance et lestimation sans biais à variance minimale.
L. Plus récemment, vous avez obtenu un résultat concernant lestimation des paramètres dun processus stochastique, je crois. Comment en êtes-vous arrivé à faire cette découverte ?
G. Je pense que cest linfluence du milieu, encore une fois. Mary Thompson avait organisé une série dateliers informels sur les processus stochastiques et jy assistais souvent. Dans ce temps-là, je lisais aussi des articles sur les martingales et sur les moindres carrés conditionnels. Jai essayé de traduire tout ça dans le contexte de la théorie des fonctions destimation et ça a donné des résultats intéressants (14). Plus tard, Joe Gani ma dit que la formule que javais proposée comportait plusieurs applications. Il ma également mis au courant de certains travaux plus anciens de David Kendall.
L. Au cours des dernières années, vous avez aussi étudié les fonctions destimation dans le cadre de la théorie de léchantillonnage.
G. En collaboration avec Mary Thompson une fois encore. Notre principale contribution a été publiée dans la Revue internationale de statistique (15), en 1986. Jaime beaucoup cet article ; cest peut être larticle le plus constructif que nous ayons écrit.
L. Ses implications sont nombreuses.
G. Ses implications et ses applications. Tôt ou tard, on se mettra à utiliser ces résultats et la façon de penser des méthodologistes denquête sen trouvera transformée. Mais il faut laisser le temps aux théoriciens et aux praticiens de sadapter, dautant plus que nous navons pas fini dexplorer les implications de ces résultats pour lestimation par intervalle.
L. Et sur quoi travaillez-vous actuellement ?
G. Sur la quasi-vraisemblance surtout, et ses différents aspects. Cest un autre domaine où la théorie des fonctions destimation peut permettre dorganiser les connaissances, de les systématiser et de les développer.
L. La communauté statistique est de plus en plus sensibilisée à cette notion de fonction destimation.
G. À Waterloo, plus particulièrement, il est bon de voir que lidée a fait du chemin. Quelques-uns de mes collègues en ont trouvé des applications et dautres ont même proposé une nouvelle façon denvisager le concept (16). Mes collègues ont vraiment embarqué dans le coup au delà de toute attente !
L. Merci, professeur Godambe.
Références
1. Godambe, V.P. ; Ann. Math. Statist., 31 (1960), 1208-1212.
2. Godambe, V.P. ; J. Roy. Statist. Soc., Series B, 17 (1955), 269-278.
3. Godambe, V.P. ; J. Roy. Statist. Soc., Series B, 28 (1966), 310-328.
4. Godambe, V.P. & M.E. Thompson; J.Roy. Statist. Soc., Series B, 33 (1971), 361-390.
5. Godambe, V.P. & M.E. Thompson; Bull. Int. Statist. Inst., 47 (1977), 129-146.
6. Godambe, V.P. ; J. Amer. Statist. Assoc., 77 (1982), 393-406.
7. Godambe, V.P. ; J. Amer. Statist. Assoc., 77 (1982), 931-933.
8. Genest, C. & M.J. Schervish ; Canad. J. Statist., 13 (1985), 293-301.
9. Bhave, S.V. ; Statist. Prob. Letters, 5 (1987), 243-246.
10. Royall, R.M. ; Amer. J. Epidemiology, 104 (1976), 463-474.
11. Godambe, V.P. & M.E. Thompson; Ann. Statist., 2 (1974), 568-571.
12. Godambe, V.P. ; Biometrika, 63 (1976), 277-284.
13. Godambe, V.P. & M.E. Thompson; Statist. Plann. Inf., 2 (1978), 95-104.
14. Godambe, V.P. ; Biometrika, 72 (1985), 419-428.
15. Godambe, V.P. & M.E. Thompson; Int. Statist. Rev., 54 (1986), 127-138.
16. McLeish, D.L. & C.G. Small; Springer-Verlag Lecture Notes No. 44, 1988.
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